Groupement d’employeurs et facturation électronique 2026 : ce qui change vraiment
Le groupement d’employeurs revient dans certaines newsletters de cabinet comme une parade aux contraintes de la facturation électronique 2026. C’est un malentendu. La structure mutualise des salariés entre plusieurs employeurs, pas leurs obligations B2B vis-à-vis du PPF. À partir du 1er septembre 2026, un GE doit recevoir des factures électroniques comme n’importe quelle association loi 1901 assujettie. Et la facturation qu’il émet à ses adhérents reste pleinement dans le champ de la réforme, exonération de TVA ou non.
La logique d’évitement par la mutualisation a séduit une partie des TPE qui cherchent à amortir la complexité administrative de la réforme. L’idée tient sur le papier : moins d’embauches directes, moins de paie, moins de flux B2B à orchestrer. La réalité est plus nuancée. Le GE déplace les factures vers une structure pivot, il ne les supprime pas. Il s’inscrit dans la même grille d’options que les autres voies de restructuration disponibles aux entrepreneurs, chacune avec ses gains réels et ses fausses promesses.
Peu d’analyses publiques exposent honnêtement ce que la réforme change pour les groupements d’employeurs. Le sujet reste traité en surface, sans confrontation entre l’architecture juridique du GE et les textes de septembre 2026. Décryptage des deux niveaux que la communication officielle évite. D’abord la mécanique de l’article 261 B du CGI. Ensuite la nouvelle géométrie des flux de factures à venir.
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I — Le mécanismeComment fonctionne réellement un groupement d’employeurs.
Le groupement d’employeurs naît d’une volonté simple : permettre à plusieurs structures d’employer un même salarié, sans recourir à l’intérim. La forme associative et le but non lucratif sont l’ADN du dispositif. La facturation entre le GE et ses membres en est le pivot opérationnel. C’est précisément ce point qui rencontre la réforme 2026.
Une association loi 1901 à but non lucratif
L’article L. 1253-1 du Code du travail encadre la structure depuis 1985. Le GE prend la forme d’une association loi 1901, parfois d’une société coopérative, toujours avec un but non lucratif. Les bénéfices générés par la mise à disposition sont réinvestis dans le fonctionnement de la structure, jamais redistribués aux adhérents. Les membres restent solidairement responsables des dettes contractées envers les salariés et les organismes sociaux.
Cette responsabilité partagée explique la rigueur juridique exigée à la création : déclaration à l’inspection du travail, agrément DREETS dans certains cas, choix de la convention collective applicable. Depuis le 1er janvier 2025, les salariés mis à disposition ne sont plus comptés dans l’effectif Sécurité sociale du GE, sauf pour la tarification AT/MP. Cette neutralisation des effectifs réduit la pression cotisations sociales sur la structure pivot.
Le coefficient de facturation, point d’équilibre du modèle
Chaque adhérent est facturé au prorata du temps passé par le salarié dans son entreprise. La facture mensuelle reprend la rémunération réelle du salarié mis à disposition, augmentée d’un coefficient de mise à disposition compris entre 1,87 et 1,95 appliqué sur le taux horaire brut. Ce coefficient absorbe les congés payés, les jours fériés, la visite médicale, la gestion administrative et les charges patronales.
Concrètement, une heure de travail facturée 12 € brut au salarié devient 22,44 € HT sur la facture envoyée à l’entreprise utilisatrice. À cela s’ajoute un droit d’entrée et une cotisation annuelle de 200 à 400 € HT. Ce modèle économique impose au GE d’émettre, en flux constant, une facture mensuelle à chacun de ses adhérents. C’est cette facturation interne qui croise frontalement la réforme.
II — Le mytheL’idée reçue qui circule dans les cabinets.
Une idée tenace s’est installée dans certains réseaux de conseil aux dirigeants. Créer un groupement d’employeurs permettrait de réduire le périmètre des obligations de facturation électronique pour les adhérents, voire de les contourner. Cette lecture s’appuie sur une confusion entre exonération de TVA et dispense de facturation. Les deux notions n’ont pas le même poids juridique.
Ce que les conseillers laissent entendre
L’argument tient en trois étapes. Un, le GE peut bénéficier d’une exonération de TVA prévue à l’article 261 B du CGI lorsque ses adhérents sont eux-mêmes exonérés ou hors champ. Deux, une opération exonérée sortirait du périmètre de l’obligation B2B prévue à compter du 1er septembre 2026. Trois, donc le GE serait une voie d’évitement légale du PPF.
Le raisonnement saute une étape essentielle. L’exonération de TVA n’équivaut pas à une dispense d’émission de facture. L’article 289 du CGI maintient l’obligation de facturer chaque prestation, taxée ou non. La doctrine fiscale et le décret du 7 octobre 2022 le rappellent. Sauf pour les opérations expressément dispensées de facturation par les textes, services médicaux et certaines opérations bancaires, le GE doit émettre une facture pour chacune des mises à disposition. Cette confusion vaut aussi pour ceux qui pensent qu’une SCI locative passe hors champ : exonération et dispense de facturation sont deux régimes distincts.
Pourquoi le raccourci est faux
Le périmètre exact de l’obligation est défini par l’article 290 sexies du CGI. Sont concernées les opérations entre assujettis établis en France, qu’elles soient soumises à la TVA ou non. Une mise à disposition exonérée 261 B reste une opération entre assujettis. Elle entre donc dans le champ de la facturation électronique.
Le seul vrai cas d’exclusion concerne les opérations dispensées de facturation par les textes, pas les opérations exonérées avec maintien de l’obligation de facturer. Or la mise à disposition de personnel par un GE n’est pas dans la liste des opérations dispensées. La conséquence est nette : à partir du 1er septembre 2026, chaque facture mensuelle émise par un GE à un adhérent doit transiter par une plateforme agréée. L’exonération TVA ne change rien à l’obligation de format ni à l’obligation d’e-reporting si l’opération est soumise à déclaration.
Confondre exonération de TVA et dispense de facturation reste l’erreur la plus fréquente dans les analyses produites par les cabinets non spécialisés. Une opération exonérée 261 B doit toujours faire l’objet d’une facture, qui devra transiter par une plateforme agréée à partir du 1er septembre 2026. L’exonération concerne la TVA, pas le format ni le canal de transmission.
III — La TVAL’article 261 B et son piège fiscal.
L’exonération de TVA de l’article 261 B est l’un des dispositifs les plus mal compris du droit fiscal des groupements. La doctrine a évolué récemment, notamment depuis 2021. Le piège central reste néanmoins en place : la taxe sur les salaires, qui rattrape souvent ce que l’exonération avait économisé.
Les conditions strictes de l’exonération 261 B
Trois conditions cumulatives gouvernent l’exonération. Premièrement, le groupement doit être un assujetti distinct de ses membres, doté d’une personnalité juridique propre. Le GE associatif loi 1901 remplit cette condition. Deuxièmement, ses services doivent concourir directement à la réalisation d’opérations exonérées ou hors champ chez ses adhérents. La mise à disposition de personnel à un cabinet médical ou à une école d’enseignement supérieur reconnue entre dans ce cas.
Troisièmement, les sommes facturées doivent correspondre exactement à la part incombant à chaque membre dans les dépenses communes. Une marge serait fatale. Une tolérance existe toutefois : si les recettes taxables d’un membre représentent moins de 20 % de ses recettes totales, il peut entrer dans le dispositif sans faire perdre l’exonération au groupement. Au-delà, le membre est considéré comme assujetti redevable. L’arbitrage est annuel.
Le rescrit du 10 février 2021 et son extension
Pendant trente ans, la doctrine refusait l’exonération aux GE comprenant des membres redevables de la TVA. Cette restriction pénalisait notamment les groupements agricoles mixtes et les GE multi-sectoriels qui mélangeaient associations et structures commerciales. Un rescrit fiscal du 10 février 2021 a changé la grille. Il admet désormais qu’un GE visé aux articles L. 1253-1 et suivants du Code du travail puisse appliquer l’article 261 B à l’ensemble de ses adhérents, qu’ils soient eux-mêmes exonérés ou non.
En réalité, il ne s’agit pas d’une fenêtre ouverte à tous les montages. Le rescrit reste suspendu à l’obligation de prix coûtant et à l’absence de marge. Et il ne dit rien sur le format des factures émises. Que la mise à disposition soit exonérée ou taxée à 20 %, l’obligation de facturation électronique reste entière à partir du 1er septembre 2026.
Le rescrit du 10 février 2021 est passé largement inaperçu hors des fédérations professionnelles de GE. C’est pourtant l’un des assouplissements fiscaux les plus significatifs des dix dernières années dans le secteur associatif. Le CRGE continue de plaider auprès du législateur pour aller plus loin, notamment sur le seuil de 90 % d’assujettissement qui déclenche la taxe sur les salaires.
La taxe sur les salaires, le rattrapage par derrière
L’exonération 261 B a une contrepartie fiscale rarement mise en avant. Dès lors qu’un GE facture plus de 10 % de son chiffre d’affaires à des adhérents exonérés ou hors champ de la TVA, il devient redevable de la taxe sur les salaires sur l’intégralité de sa masse salariale. La structure ne peut s’en exonérer qu’en restant assujettie à la TVA sur au moins 90 % de son activité, un seuil que peu de GE atteignent en pratique.
Le CRGE propose depuis 2020 un abaissement à 75 % pour mieux refléter la typologie réelle des structures. Concrètement, l’arbitrage TVA contre taxe sur les salaires se gagne ou se perd selon la composition du portefeuille d’adhérents. Pour un GE majoritairement composé d’associations et d’entreprises en franchise, l’exonération 261 B reste une fausse bonne nouvelle. Le coût de la taxe sur les salaires dépasse souvent celui de la TVA non déductible.
IV — La réformeCe qui change vraiment pour un GE à partir de septembre 2026.
Le calendrier de la réforme s’applique au GE comme à n’importe quelle entité assujettie établie en France. Mais la nature associative et le flux de facturation interne créent des spécificités opérationnelles que peu de plateformes anticipent dans leur communication.
Le calendrier appliqué au GE
La taille du GE détermine la date d’application complète. Selon le nombre de salariés et le chiffre d’affaires, un GE relève des PME (moins de 250 salariés et moins de 50 M€ de CA) ou d’une catégorie supérieure. La très grande majorité des GE français entre dans la catégorie PME ou micro-entreprise. Dès le 1er septembre 2026, tout GE doit être en mesure de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée.
L’émission obligatoire suit au 1er septembre 2027 pour les PME et les micro-entreprises, dont relèvent la plupart des structures. Les rares GE de grande taille, quelques structures employant plus de 250 salariés, basculent en émission dès 2026. La distinction est cruciale pour les flux de refacturation. Un GE en PME continue d’émettre ses factures mensuelles au format actuel jusqu’en août 2027, mais doit les recevoir au format électronique dès septembre 2026.
Choisir une plateforme agréée pour le GE
Le GE doit s’inscrire dans l’annuaire central administré par le PPF avant septembre 2026. Ce choix engage la structure : la plateforme agréée gère la réception, et plus tard l’émission, de l’ensemble des factures de mise à disposition. Trois critères dominent l’arbitrage.
Premièrement, la compatibilité avec un logiciel de paie multi-conventions, indispensable dans les GE multi-sectoriels. Deuxièmement, la capacité native à gérer la refacturation au coefficient, peu de PA grand public la proposent en standard. Troisièmement, la synchro avec le cabinet d’expertise comptable, qui pilote la majorité des GE. Les solutions adressées aux PME structurées avec EC, comme les PA intégrées aux logiciels comptables professionnels, sont mieux taillées pour cette complexité que les outils freelance grand public.
L’impact pour les adhérents
Chaque membre du GE doit aussi disposer d’une plateforme agréée pour recevoir la facture mensuelle. La règle ne tolère aucune exception. Même une association exonérée ou une TPE en franchise base TVA doit s’enregistrer pour la réception au 1er septembre 2026. En revanche, le membre adhérent qui en bénéficie n’a pas à se soucier de l’émission tant qu’il reste dans la catégorie PME jusqu’au 1er septembre 2027.
Pour les TPE qui adhèrent à un GE précisément pour scinder leur chiffre d’affaires entre plusieurs structures ou éviter une embauche directe lourde, l’argument administratif tient encore. Moins de fiches de paie à gérer, moins de DSN, moins de bulletins. Mais la facture électronique entrante reste une obligation. Aucune mutualisation ne fait disparaître ce point d’entrée.
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V — Les vrais usagesQuand le groupement d’employeurs garde un intérêt opérationnel.
Le GE n’est pas une fausse piste pour autant. Il garde plusieurs cas d’usage clairement supérieurs à l’embauche directe ou à l’intérim, indépendamment de la réforme 2026. La maladresse consiste à le présenter comme un dispositif anti-PPF, ce qu’il n’est pas, au lieu d’en exposer les vraies forces.
Pour les structures hors champ TVA
Le cas le plus net concerne les associations sportives, culturelles, sociales et médico-sociales, ainsi que les professions libérales exonérées comme les médecins, infirmiers ou formateurs hors champ. Un GE de ce type bénéficie pleinement de l’exonération 261 B, n’a pas à intégrer la TVA dans sa facturation et reste sous le seuil des 10 % déclenchant la taxe sur les salaires. La facturation électronique reste obligatoire, mais le format simplifié sans TVA réduit la complexité technique.
C’est dans cette configuration qu’on observe les GE les plus stables sur le long terme. La dimension associative non lucrative renforce l’alignement avec le modèle économique des adhérents. Le GE devient un outil de mutualisation pur, non un véhicule fiscal.
Pour mutualiser la charge administrative entre TPE
L’autre cas d’usage légitime concerne les TPE structurées qui veulent accéder à un poste qualifié à temps partiel comme comptable, RH, communication ou qualité, sans absorber le coût d’un temps plein. Le GE déplace l’embauche vers une structure unique. Chaque TPE adhérente reçoit une facture mensuelle plutôt que de gérer un bulletin de paie partiel. Cette économie de gestion représente le vrai bénéfice administratif, indépendamment de la TVA et du PPF.
Pour une TPE qui hésitait à embaucher en direct, le GE simplifie l’entrée dans la complexité RH sans transférer les obligations B2B. Comme pour le statut d’auto-entrepreneur multiple ou la holding passive, le bon usage tient à un objectif clair : ni évasion administrative, ni miracle fiscal, mais une vraie économie d’échelle sur une fonction RH précise.
Le groupement d’employeurs reste un outil légitime de mutualisation des compétences entre TPE et PME, mais ne constitue pas un dispositif d’évitement de la facturation électronique. Sa valeur est administrative et organisationnelle, pas fiscale.
Le GE n’est pas un bouclier contre la réforme, et heureusement.
Les groupements d’employeurs apportent une réponse efficace au problème réel des TPE françaises : accéder à des compétences qualifiées sans assumer seul le coût d’un temps plein. Cette utilité opérationnelle n’a rien à voir avec un quelconque évitement du PPF. Présenter le GE comme une voie d’esquive à la facturation électronique relève de la confusion volontaire ou d’une lecture précipitée du droit fiscal. La réforme 2026 ne change pas la valeur du dispositif. Elle impose simplement à la structure pivot de s’équiper d’une plateforme agréée, comme toute autre association assujettie.
Questions fréquentes
Un groupement d’employeurs doit-il obligatoirement avoir une plateforme agréée en 2026 ?
Oui. Un GE est une association loi 1901 assujettie à la TVA, même s’il bénéficie de l’exonération 261 B. Il doit recevoir ses factures électroniques via une plateforme agréée à partir du 1er septembre 2026, et émettre les siennes au format électronique au 1er septembre 2027 s’il relève de la catégorie PME ou micro-entreprise.
L’exonération de TVA 261 B dispense-t-elle de la facturation électronique ?
Non. L’article 261 B exonère la prestation de TVA, mais l’article 289 du CGI maintient l’obligation d’émettre une facture pour chaque opération. La facture devra simplement faire apparaître la mention de l’exonération. Le format électronique et la transmission via une plateforme agréée s’appliquent intégralement.
Une TPE adhérente d’un GE doit-elle aussi disposer d’une plateforme agréée ?
Oui, dès le 1er septembre 2026 pour la réception. Toutes les entreprises établies en France et assujetties à la TVA doivent s’enregistrer dans l’annuaire central. L’adhésion à un GE ne crée aucune dispense. L’émission obligatoire suit au 1er septembre 2027 pour les TPE, PME et micro-entreprises.
Un GE peut-il bénéficier de la franchise en base de TVA ?
Théoriquement oui si son chiffre d’affaires reste sous les seuils légaux. En pratique, peu de GE y entrent : le volume d’heures facturé aux adhérents dépasse rapidement le seuil. Et la franchise n’exonère pas non plus de la réforme. Un GE en franchise reste assujetti et doit utiliser une plateforme agréée.
Adhérer à un GE permet-il d’éviter l’embauche directe et le PPF qui en découle ?
Adhérer à un GE évite l’embauche directe et les obligations de paie qui l’accompagnent. Mais cela ne change rien aux obligations de facturation électronique de l’entreprise adhérente. Elle reçoit la facture mensuelle du GE et doit la traiter via sa propre plateforme agréée. Le PPF ne disparaît pas, il se déplace.